XXI : le mook qui revalorise le journalisme de récit

Dans la famille Presse Magazine, j’ai nommé XXI, jeune ojni (objet journalistique non identifié) qui dénote dans le paysage médiatique et dont le succès ne cesse de s’accroître. Créé en 2008 par Laurent Beccaria (patron des éditions Les Arènes) et Patrick de Saint-Exupéry (ancien grand reporter au Figaro), il s’inscrit dans la lignée de ces néo-revues communément appelées « mook » qui ont choisi de dire « non » à l’obsession systématique de l’info immédiate encouragée par le virage numérique. Zoom sur un produit innovant et littéralement bien dans son siècle.

A l’origine de XXI, la volonté de créer un média renouant avec les fondamentaux de l’exercice journalistique : informer. Mais pas n’importe comment : informer via des reportages complets, développés, enrichis de témoignages et de récits et qui ne lésinent pas sur la longueur, l’ennemi juré des accros du journalisme live. Le résultat est pour le moins intéressant : XXI est une revue détonnante, qui tranche radicalement avec les autres innovations médiatiques obsédées par le numérique et qui place au coeur de son projet éditorial l’un des genres journalistiques nobles par excellence : le grand reportage.

La recette du succès 

Difficile de définir XXI, dont la réussite reflète l’intérêt du lectorat pour une pratique journalistique alternative sur le fond mais surtout, sur la forme. Car la forme, c’est justement ce qui singularise la néo-revue au regard de ce qui se fait en terme de presse magazine habituellement. En voici les principales caractéristiques :

  • le format à l’italienne. XXI  se présente dans un format qui contraste avec les revues traditionnelles. Horizontal, il fait davantage penser au format d’un livre qu’à celui d’un magazine.
  • l’absence de publicité. XXI ne compte en aucun cas sur les annonceurs publicitaires pour se financer puisqu’elle est vierge de toute publicité. Les recettes de la revue sont obtenues exclusivement via la vente, un exemplaire s’élevant au prix de 15 euros.
  • le reportage BD. Grande nouveauté dans le secteur de la presse, la BD est traitée dans XXI comme un genre journalistique à part entière. Une manière originale de figurer l’info qui prend alors l’aspect d’un récit illustré.

XXI se distingue également par  sa périodicité trimestrielle et son lieu de vente qui n’est pas le kiosque mais la librairie, comme un livre, en somme. Dernier élément qui n’est pas des moindres, XXI trouve sa richesse dans la pluralité des profils des professionnels qui participent à sa conception : journalistes aguerris côtoient romanciers, photo reporters et dessinateurs qui travaillent de concert, à la faveur d’un objet au contenu qualitatif. Créativité donc, mais aussi désir de pratiquer un journalisme différent et enrichi de multiples compétences ; la néo-revue se positionne définitivement comme une oeuvre unique, chose qui semble convaincre la clientèle à en croire l’accueil accordé aux 40 000 exemplaires écoulés dès le premier numéro.


Les mooks ou la rencontre entre journalisme et édition   

Néologisme créé à partir des mots « magazine » et « book », les mooks sont cette nouvelle génération de revues, à mi chemin entre le magazine et le livre, qui fleurissent depuis quelques années et dont XXI est en quelques sortes le chef de file en France. Lasses des dérives de l’infobésité qu’encourage la révolution numérique, les mooks vont à contre-courant des stéréotypes de la presse magazine, prônent la revalorisation de l’information long format, font la part belle au contenu fouillé et à une pratique du journalisme qui tend davantage vers celle de l’investigation. De quoi faire trépigner de plaisir les admirateurs d’Albert Londres.

Pour répondre à cet objectif de qualité, ils soignent la forme et le fond, comme nous l’expliquions plus tôt et en cela se distinguent radicalement de l’info façon 140-caractères-max. Ils séduisent de plus en plus une majorité de lecteurs qui souhaitent renouer avec le plaisir du papier, dont la mort n’est pas certaine comme l’avaient annoncé certains prédicateurs. Ils ravissent inconditionnellement les lecteurs avides de sujets de fond, curieux d’Histoire et contre l’info sexy-dénuée-de-tout-contenu-informatif. Parmi les mooks les plus célèbres, XXI, bien-sûr, mais aussi 6 moisUsbek et Rica ; la liste ne cesse de s’allonger.

Une info nommée plaisir

S’il reflète un désir du lectorat d’accéder à l’information avec une approche différente des faits, le succès des mooks traduit également une singularité naissante chez le lecteur du XXIème siècle dans sa consommation médiatique : la recherche de l’esthétisme. L’information à l’état brute ne semble plus suffire ; aujourd’hui, les lecteurs recherchent aussi le plaisir. Un plaisir, qui passe essentiellement par la beauté. Car pour ainsi dire, XXI est un bel objet ; la maquette est volontairement alléchante, le papier y est de qualité, les illustrations y occupent une place importante et l’insertion de la BD participe à faire de la « revue-ouvrage », un objet d’art.

Cet attrait pour le beau, on le retrouve également dans d’autres supports journalistiquement innovants. Nos pensées se tournent ici vers les tablettes numériques, en pleine expansion, dont le succès reflète un engouement général pour les bijoux technologiques, nécessairement beaux, nécessairement séducteurs. Epuration des interfaces, formes arrondies, fonctionnalité de la navigation, « touché-cliqué » ; les supports ne se contentent plus de servir l’information, ils attisent les sens. Grâce à ce type d’innovations, le fait de s’informer devient alors une véritable expérience sensorielle et la consommation de l’actu, une partie de plaisir.

Site officiel de la revue XXI

2 Commentaires

  1. Belle plume ici, je reconnais que ce magazine a l’air de se démarquer de ce qu’on a pour habitude de voir dans les kiosques.

  2. Marilyn Epée

    indeed!
    danke sehr meine suße.

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